IMG_2380MB Jens Ferdinand Willumsen 1863-1958 Paris Deux enfants jouant avec un théâtre de marionnettes Two children playing with a marionette theatre 1929 Aalborg. Museum of Modern Art Denmark

March 12, 2019 - Comment

IMG_2380MB Jens Ferdinand Willumsen 1863-1958 Paris Deux enfants jouant avec un théâtre de marionnettes Two children playing with a marionette theatre 1929 Aalborg. Museum of Modern Art Denmark Image by jean louis mazieres Jens Ferdinand Willumsen 1863-1958 Paris Deux enfants jouant avec un théâtre de marionnettes Two children playing with a marionette theatre 1929 Aalborg.

IMG_2380MB Jens Ferdinand Willumsen 1863-1958 Paris Deux enfants jouant avec un théâtre de marionnettes Two children playing with a marionette theatre 1929 Aalborg. Museum of Modern Art Denmark
camping gift ideas
Image by jean louis mazieres
Jens Ferdinand Willumsen 1863-1958 Paris
Deux enfants jouant avec un théâtre de marionnettes
Two children playing with a marionette theatre
1929
Aalborg. Museum of Modern Art Denmark
Peintre essentiellement actif à Paris. Nabis, Ecole de Pont aven, Symbolisme.
Painter essentially active in Paris. Nabis, School of Pont aven, Symbolism.

L’ART ET LA CONCEPTION DE L’ARTISTE. ÉVOLUTIONS.

Le centenaire de la mort de Egon Schiele (1890-1918) peut être l’occasion de réfléchir sur l’évolution de la conception et du rôle de l’artiste dans la peinture européenne, car ce peintre est, avec quelques autres, comme Chaïm Soutine (1893-1943), une étape importante sur le chemin de cette évolution.
L’histoire de la peinture européenne montre en effet que la notion d’artiste, la conception de son rôle dans la société et la compréhension de son activité créatrice s’est modifiée considérablement au cours des siècles.
Cette mutation est, dans l’ensemble, parallèle aux trois grandes périodes qui illustrent l’histoire de la peinture européenne :
Les Arts Anciens
L’Art Moderne
L’Art Contemporain.
Il en résulte trois modèles d’artistes : le modèle ancien, le modèle moderne, le modèle contemporain.

I) Le Modèle Ancien.

Dès les débuts de la peinture européenne, à l’époque romane et du premier gothique, l’artiste est un artisan qui est au service de ses commanditaires et du public. Son talent importe beaucoup, mais sa personnalité individuelle pas du tout. Il est invité à créer un art conforme aux valeurs admises par la société de son époque, dans son ensemble. L’artiste peut être un génie plein de talent, mais surement pas un original, un rebelle, un marginal, et ses problèmes psychologiques, ses émois personnels, ses opinions particulières, doivent rester à l’extérieur de l’atelier, ou ne s’y exprimer que de manière très filtrée, moulée dans les valeurs de son époque. L’artiste doit exprimer l’esthétique et l’éthique de la société dans laquelle il vit, son rôle n’est pas de donner forme à ses visions du monde personnelles.
Cette situation va perdurer jusqu’au 19è siècle et à l’Art Moderne. L’évolution qui se fait jour à l’époque de la Renaissance, favorise certes l’individualisation de l’artiste qui impose sa signature sur l’oeuvre, mais ne change rien d’essentiel dans la conception de son rôle social : L’artiste est au service de ses mécènes et du public, et doit peindre conformément à leurs demandes et aux idées du temps. Les écarts ne sont pas tolérés, et les quelques artistes qui ont tenté de faire prévaloir leur personnalité ou leurs idées sur les services esthétiques que la société attendait de leurs talents ont été rejetés, ou ont dû rentrer dans le rang (Caravaggio).
La Réforme n’a rien changé à cette vision de l’artiste au service d’une communauté dont il exprime, avec plus ou moins de génie, les valeurs communes.
L’art est fait pour le public, pas pour l’artiste. Il n’est pas question pour un artiste de s’exprimer. Il doit exprimer, magnifiquement, le sentiment public, orienté par les élites.
L’art est un échange entre les élites et le public, par l’intermédiaire des artistes, qui sont le moyen de cette communication, de ce partage d’une idéologie communément ressentie.
Avec la Réforme, l’idéologie commune se modifie par rapport à la vision catholique et orthodoxe du monde. Une modification qui a des effets certains sur les thèmes de l’art. Mais absolument aucun effet sur les techniques artistiques, et pas non plus sur les conceptions que la société a de l’artiste. Et pas non plus sur les conceptions que l’artiste a de son rôle. Ces conceptions de l’artiste demeurent les mêmes qu’auparavant. La Renaissance a seulement légué à la postérité un individualisme un peu plus marqué, mais sans conséquences sur la conception que la société a du rôle de l’art et de l’artiste.

Cet art ancien n’est pas un art totalitaire. Il n’existe pas d’art dans les pays totalitaires.
Pendant plus de 1500 ans l’artiste européen est resté libre d’exprimer le sentiment public, idéologiquement correct certes, de manière personnelle. Rembrandt est une illustration, entre bien d’autres, de ces possibilités qui sont laissées aux artistes de se couler dans le moule sans perdre leur identité. L’art de Rembrandt a bien des aspects marginaux par rapport à la société de son époque, mais il témoigne d’une réussite non seulement artistique mais sociale contemporaine qui est un témoignage de la liberté qui est laissée l’artiste.
L’art européen du passé est la constatation qu’une infinité d’artistes ont pu créer un art partagé au sein d’une société aux tendances religieusement univoques, mais acceptées et partagées par le plus grand nombre.
Il n’y a pas d’art sans libertés, ou sans participation profonde, sincère, relativement libre du peuple à une idéologie commune. C’est ce qu’ont démontré, en Europe et hors d’Europe, deux expériences historiques récentes : les régimes communistes et le régime nazi. Athées et totalitaires tous deux, ils se sont révélés incapables de créer un art mémorable.
A contrario, pendant plus de 1500 ans, l’art des sociétés catholiques, orthodoxes et protestantes européennes est un témoignage qui devrait être mieux pris en considération, en toute objectivité, en tant que modèle de société. Non, ce n’était pas un âge moyen, l’art le démontre.

II) Le Modèle Moderne

C’est au 19è siècle, à l’époque de l’Art Moderne qu’apparaît durablement une nouvelle conception de l’artiste, une typologie nouvelle : l’artiste rebelle, contestataire, autistique, asocial, insoucieux voire méprisant du grand public. Le mythe de "l’artiste maudit" se met en place.
Egon Schiele comme Chaïm Soutine sont incontestablement des artistes de grand talent. Tous deux ont en outre cette qualité qui a fait les grands créateurs, la sincérité, l’authenticité. Il faudra revenir sur cette qualité indispensable à l’art vrai, l’art partagé, le seul art en réalité.
Ces deux artistes représentent un type d’artiste particulier, "moderne", qui n’est pas plus légitime que celui ancien. Contrairement à ce qui est souvent suggéré dans les ouvrages grand public comme le documentaire d’Arte sur Egon Schiele (Youtube) qui est une apologétique sans grand souci d’objectivité historique. Un divertissement qui revisite le passé à la lumière de certaines croyances à la mode au 21è siècle. Il n’existe pas d’historiographie exacte sans respect de l’esprit de l’époque que l’on évoque. Arte ne raconte pas de manière vraie le passé des hommes, quand il lui applique les idées du présent, sans se soucier des mentalités du passé.
Un récit d’intérêt historique aurait dû expliquer en quoi l’art de Schiele était exemplaire sur le chemin qui va de Van Eycke à Andy Warhol en passant par Van Goyen, Raphael, Vinci, Caravaggio, Turner, Manet, Courbet, Van Gogh etc…
Car il existe des voies approchantes et de nombreuses marches sur cet itinéraire. Toute la période de l’Art Moderne, dès la seconde moitié du 19è siècle, est un cheminement progressif au cours duquel se met en place cette nouvelle vision de l’artiste. Notamment avec les peintres de la Sécession de Munich puis celle de Vienne. Egon Schiele n’a pas inventé l’artiste en marge de la société, l’artiste maudit, mais son oeuvre et sa personnalité font seulement qu’il en incarne de manière exemplaire le type.
L’originalité réelle de Schiele, son intérêt historique remarquable, c’est qu’il est, avec un grand talent, l’archétype de l’artiste nouveau. Il est en effet en rupture affichée, proclamée de manière manifeste, avec la conception de l’art et de l’artiste du passé européen et encore très majoritaire de son temps. Un "Artiste Nouveau", mais pas meilleur, pas plus intelligent ni plus ouvert moralement, pas plus progressiste intellectuellement, pas plus doué artistiquement, non simplement autre. Une conception de l’artiste qui ne disqualifie en aucun cas le modèle précédent qui n’est pas périmé.

Il est évident que l’art de Egon Schiele ne pouvait pas être facilement accepté par la société de son époque. Sauf par une minorité, qui n’était pas plus éclairée que ses contemporains, mais dont la sensibilité et les motivations, diverses, étaient seulement autres.
La société de l’époque de Egon Schiele avait ses équilibres et ses conceptions de l’art, ses convictions éthiques et esthétiques, parfaitement efficaces socialement, intellectuellement et spirituellement. Il n’est pas objectif, historiquement, de reprocher à cette société d’avoir défendu ses conceptions contre Schiele le rebelle. Il est absolument normal, totalement démocratique, et non pas rétrograde et réactionnaire, que la société de son époque ait, dans une certaine mesure, rejeté Schiele. C’était le point de vue de l’opinion publique. Et même si l’opinion publique était définie par l’aristocratie et la bourgeoisie autrichienne, le peuple paysan était à l’évidence du même avis que les bourgeois. Attribuer cette opinion générale et cette censure à l’Église ou à un esprit de réaction rétrograde est une propagande, pas un regard historique. L’opinion publique était d’ailleurs la même chez les orthodoxes et les protestants de l’époque. Egon Schiele à Genève ? Egon Schiele à Constantinople ?
Il faut, tout au contraire, insister sur le fait que la période de l’Art Moderne est une grande époque de liberté artistique et de diversité esthétique, comme jamais auparavant en Europe, et peut être dans aucune autre civilisation. Egon Schiele n’aurait absolument pas pu s’exprimer artistiquement ainsi qu’il a pu tout de même le faire, non seulement au cours des siècles précédents en Europe, mais certainement pas non plus dans les sociétés musulmanes – même à notre époque- ou chinoises.
Cette opinion publique hostile était parfaitement légitime, elle n’était pas dans l’erreur, dans l’obscurantisme, le passéisme, la réaction, comme on essaie de nous le faire croire avec obstination de nos jours.
Vienne était même une ville particulièrement ouverte et tolérante. En mars 1918, lors de l’exposition de la Sécession viennoise, Schiele rencontre un grand succès : une part importante de ses œuvres est vendue, et il obtient des commandes de personnalités importantes. Cela a été possible parce que l’Europe de l’époque était idéologiquement plurielle, et que s’y côtoyaient des conceptions de la société et de la vie très diverses. Egon Schiele est mort beaucoup trop jeune pour avoir pu tirer profit des libertés et des tolérances européennes. Il n’a malheureusement pas vécu aussi longtemps que Chaïm Soutine, et sans doute pu discipliner ses démons, pour les obliger à encore mieux servir son art en particulier, et l’art en général.

L’artiste-artisan des civilisations du passé, pas seulement européen, était un interprète de la société, de la communauté à laquelle il appartenait, et de ses valeurs. L’artiste devait laisser de côté ses fantasmes et ses angoisses personnelles, tout un nombrilisme individualiste et egocentriste, qui ne présentait aux yeux de la société aucun intérêt. Il devait être l’interprète de l’identité de la société toute entière. Très rares ont été les artistes des Beaux Arts Anciens qui se sont posés en rebelles par rapport aux convictions philosophiques et esthétiques de leurs mécènes et de leur public qu’il soit aristocrate, bourgeois, hommes d’église, ou populaire comme aux Pays Bas du 17è siècle. Cette conception de l’artiste, maître de sa personne comme de son art, au service du public et de ses croyances, n’a pas été un obstacle au développement de l’art européen. Cet art n’est pas un échec, bien au contraire. Toute l’histoire de l’art européen le démontre.
L’art n’est pas fait uniquement pour que l’artiste s’exprime. L’art n’est pas fait uniquement pour l’artiste, il est fait d’abord pour le public. La notion moderne d’artiste, l’artiste rebelle, est très égocentriste, et peu démocratique en réalité. Elle s’oppose à celle inverse, tout aussi fondée, qui veut que l’artiste exprime les sentiments d’une communauté. L’artiste peut certes à l’occasion, à titre individuel, exorciser ses démons, représenter les aspirations d’ une minorité dont il exprimera les valeurs particulières. Mais il ne faut pas rejeter l’idée que l’artiste doive aussi savoir être l’interprète intelligent et sensible de la société dans son ensemble, ou du moins d’une large communauté parmi elle. L’art est un partage, le plus large possible, entre l’artiste et son temps. Avec Egon Schiele et ses semblables nous voyons apparaître l’art des minorités déviantes. Preuve des libertés de l’Europe de ces temps.

Il faut revenir à la sincérité qui est une piste de réflexion intéressante en esthétique. Elle est un des critères qui fait la différence avec la troisième sorte d’artiste, inventée à l’époque de l’art contemporain officiel.
La sincérité, l’authenticité n’est pas une condition suffisante de l’art, mais elle est absolument nécessaire. A certains moments de l’histoire de la peinture européenne certaines absences de sincérité, nuisibles à l’art, s’aperçoivent aisément. Quand l’artiste ne croit pas à ce qu’il peint, quand le thème du tableau qui lui a été commandé lui est indifférent, ses réticences sont très vites perceptibles. Si l’émotion du peintre est absente en lui, elle l’est nécessairement dans son œuvre, et aucun fil ne relie plus l’artiste au public.
Egon Schiele était incontestablement un artiste sincère. Un seul regard sur son œuvre suffit à le comprendre. Mais ce qu’Egon Schiele démontre aussi c’est que la sincérité, même avec le talent, ne suffit pas à fonder une esthétique globale, valable pour toute une société. Il faut d’autres déterminants, et notamment savoir être l’ interprète des valeurs et des sensibilités des peuples au sein desquels l’artiste vit, pas seulement de ses émotions individuelles. On peut reconnaître le talent d’Egon Schiele, mais sans être puritain et même en ne l’étant pas du tout, il est parfaitement légitime d’être fatigué par ses obsessions intimes. Comme il le dit lui-même certaines de ses œuvres sont insupportables. Dont acte. Et comme Arte le fait dire à sa sœur : les dessins qu’il a fait d’elle n’étaient pas destinés à être publiés. C’étaient des exorcismes, destinés à demeurer dans le domaine privé.

III) Le Modèle Contemporain.

Le troisième type d’artiste apparaît avec l’art contemporain officiel : Il cultive la rébellion, le mythe de l’artiste contestataire, de l’opposant, anti conformiste. Il se déclare en marge, et libre. Comme l’artiste maudit ? Oui. Mais c’est un rôle de composition, totalement appris. Cet artiste contemporain n’a pas des états d’âme irrépressibles, il n’est pas dans une situation pulsionnelle incontrôlable. Il n’est pas artiste à la manière sincère de Egon Schiele.
Non, la rébellion dans l’art contemporain officiel, est une technique nécessaire et bien maîtrisée.
Une technique nécessaire à une carrière au service d’une coterie influente. Cet artiste est en marge du grand public, c’est certain, mais il n’est pas en marge des grands Influents qui décident de ce que doit être l’art contemporain. Ce révolutionnaire est aux ordres des Gouvernants, ce rebelle n’est aucunement rebelle, il est totalement conforme à un modèle imposé par les Puissants.
Une technique maîtrisée, car l’artiste contemporain officiel est un professionnel froid de la révolution et de la provocation, dont les moyens sont murement réfléchis et précisément comptabilisés, dont les objectifs sont directement orientés vers les cimaises des musées, le marché international, et le compte en banque. Cela ne demande pas de dons artistiques, mais beaucoup de dons politiques et notamment le don du discours sur l’art, et du faire savoir.
A la différence de Egon Schiele ou de Chaïm Soutine, et des artistes du premier type, l’artiste contemporain officiel est totalement fallacieux. L’authenticité est la pire ennemie de l’artiste contemporain officiel, car son art principal est la réussite conforme. Il peut avoir des dons artistiques immenses et une grande sensibilité, à titre personnel. Mais à titre professionnel il faut qu’il les oublie, pour se conformer au modèle imposé : Le laid, l’absurde et la provocation maximale. C’est l’Artiste Opportuniste, véhicule de l’idéologie d’un petit groupe d’Influents qui se posent en Eclairés qui prétendent dominer de très haut l’esthétique des masses moyennes et populaires. L’Art n’est plus de l’art, c’est du Non-Art, mais c’est incontestablement de la Réussite sociale, le chemin des honneurs et de l’argent. Ces artistes, intelligents, parfaitement adaptés et très efficaces, sont seuls capables de créer le Non-Art Contemporain. Mais pas l’émotion partagée entre l’artiste et le public. L’essentiel de l’Art. Et même tout simplement l’Art. Ce sont des non-artistes. Triste. Obligatoirement, Officiellement et Richement tristes, comme tous les musées d’art contemporain d’Occident.

CONCLUSION ?

Ces trois types d’artistes, se succèdent mais ils ne se remplacent pas, il continuent d’exister en parallèle, dans notre société occidentale d’aujourd’hui.

1° Le Non-Art Contemporain officiel, et l’Art Financier Mondialiste sont le domaine presque totalement réservé aux artistes du troisième type : Les Opportunistes qui ont choisi le camp de l’Art mondialiste, idéologiquement correct, c’est à dire d’un produit fabriqué pour être consommé universellement, au dessus, au delà, mais aussi hélas très en dessous, de tous les particularismes culturels. C’est l’Art de la République Marchande Universelle.

Dans l’art commercial privé, local ou régional, et dans l’art des rues, coexistent les deux autres types d’artistes.

2° Le modèle "ancien", n’est pas du tout obsolète, il est seulement en marge des idéologies officielles de l’Occident. Il persiste à vouloir créer l’art de tous les temps, un art partagé par un maximum de personnes dans des sociétés différentes et différenciées. Un art pluriel, mais pas uniforme, pour les peuples les plus divers. Un art animé par la volonté d’être porteur d’un sens clair et de procurer un bonheur ou une résonance, esthétique et émotionnelle, à son public. Un art qui continue, contre les modes idéologiques, contre l’art d’état et l’art financier international, une tradition immémoriale : celle de la communication sincère entre l’artiste et le grand public, et au service de celui-ci.

3° Le modèle "moderne", plus catégoriel, qui existe brillamment, quand le talent est au rendez vous, et se révèle capable, à la fois, d’exprimer et de maîtriser ses pulsions. Un art qui cherche à bousculer les traditions immémoriales pour faire l’expérience d’autres esthétiques, et qui y réussit parfois.
Plus bien sûr une infinité de non-artistes, mais c’est une histoire qu’il est inutile de raconter.

THE ART AND THE CONCEPT OF THE ARTIST. DEVELOPMENTS.

The centenary of the death of Egon Schiele (1890-1918) can be an opportunity to reflect on the evolution of the artist’s conception and role in European painting, because this painter is, with some others, like Chaim Soutine (1893-1943), an important step on the path of this evolution.
The history of European painting shows that the notion of the artist, the conception of his role in society and the understanding of his creative activity has evolved considerably over the centuries.
This evolution is, in general, parallel to the three great periods which illustrate the history of European painting:
The Ancient Arts
Modern Art
Contemporary art.
The result is three models of artists: the ancient model, the modern model, the contemporary model.

I) The ancient model

From the beginning of European painting, in the Romanesque period and the first Gothic, the artist is an artisan who is at the service of his sponsors and the public. His talent matters a lot, but his individual personality not at all. He is invited to create an art that conforms to the values accepted by the society of his time, as a whole. The artist can be a genius full of talent, but surely not an original, a rebel, a marginal, and his psychological problems, his personal emotions, his particular opinions, must remain outside the workshop, or express himself only in a way Very filtered, molded in the values of his time. The artist must express the aesthetics and ethics of the society in which he lives, his role is not to give shape to his personal visions of the world.
This situation will last until the 19th century and Modern Art. The evolution emerging during the Renaissance period certainly favors the individualisation of the artist who imposes his signature on the work, but does not change anything essential in the conception of his social role: artist is at the service of his patrons and the public, and must paint according to their requests and ideas of the time. Discrepancies are not tolerated, and the few artists who tried to make their personality or their ideas prevail over the aesthetic services that society expected of their talents were rejected, or had to return to the rank (Caravaggio).
The Reformation has changed nothing in this vision of the artist in the service of a community whose common values he expresses, with more or less genius.
Art is made for the public, not for the artist. There is no question for an artist to express himself. He must express, magnificently, the public feeling, oriented by the elites.
Art is an exchange between the elites and the public, through artists, who are the means of this communication, of this sharing of an ideology commonly felt.
With the Reformation, the common ideology is changing in relation to the Catholic and Orthodox vision of the world. A modification that has certain effects on the themes of art. But absolutely no effect on the artistic techniques, and not on the conceptions that society has of the artist. And not on the conceptions that the artist has of his role. These conceptions of the artist remain the same as before. The Renaissance has only bequeathed to posterity an individualism a little more marked, but without consequences on the conception that society has of the role of art and the artist.
This ancient art is not a totalitarian art. There is no art in totalitarian countries.
During more than 1500 years the European artist has remained free to express the public sentiment, ideologically correct of course, in a personal way. Rembrandt is an illustration, among many others, of these possibilities that are left to artists to sink into the mold without losing their identity. Rembrandt’s art has many marginal aspects in relation to the society of his time, but it bears witness to a not only artistic but contemporary social success that is a testimony to the freedom that is left to the artist.
The European art of the past is the observation that an infinity of artists have been able to create a shared art within a society with religiously univocal tendencies, but accepted and shared by the greatest number.
There is no art without liberties, or without deep, sincere, relatively free participation of the people in a common ideology. This has been demonstrated in Europe and outside Europe by two recent historical experiences: the communist regimes and the Nazi regime. Both atheist and totalitarian, they proved unable to create memorable art.
On the other hand, during more a 1500 years, the art of Catholic, Orthodox and Protestant European societies is a testimony which should be better taken into consideration, in all objectivity, as a model of society. No, it was not an average age, art shows it.

II) The modern model

In the 19th century, at the time of modern Art, a new conception of the artist emerged, a new typology: The rebellious artist, dissident, autistic, asocial, careless or even contemptuous of the general public. The myth of "The Cursed Artist" is set up.
Egon Schiele and Chaïm Soutine are undoubtedly talented artists. Both also have this quality that has made the great creators, sincerity, authenticity. It will be necessary to return to this quality indispensable to the true art, the shared art, the only art, in reality.
These two artists represent a particular type of artist, "Modern ", which is no more legitimate than the old one. Contrary to what is often suggested in the mainstream works as the documentary of Arte on Egon Schiele (Youtube) which is an apologetics without much concern for historical objectivity. An entertainment that revisits the past in the light of some fashionable beliefs in the 21st century. There is no exact historiography without respect for the spirit of the time that is evoked. Arte does not tell the past of men in a true way, when he applies the ideas of the present, without worrying about the mentalities of the past.
A historical narrative should have explained how the art of Schiele was exemplary on the road from Van Eycke tou Andy Warhol, passing by Van Goyen, Raphael, da Vinci, Caravaggio, Turner, Manet, Courbet, Van Gogh etc. …
Because there are similar routes and many steps on this route. The entire period of Modern Art, since the second half of the 19th century,is a gradual process in which this new vision of the artist is put in place. In particular with the painters of the Secession of Munich then that of Vienna. Egon Schiele did not invent the artist on the margins of society, the accursed artist, but his work and his personality make him an exemplary embodiment of the type.
The real originality of Schiele, his remarkable historical interest, is that he is, with great talent, the archetype of the new artist. Egons Schiele is in fact in rupture displayed, proclaimed in a manifest way, with the conception of the art and the artist of the European past, still very majority of his time. A "New Artist", but no better, no smarter nor more open morally, no more intellectually progressive, no more artistically talented, simply other. A conception of the artist that does not disqualify in any case the previous model, that is not outdated.
It is obvious that the art of Egon Schiele could not easily be accepted by the society of his time. Except by a minority, who was no more enlightened than his contemporaries, but whose sensibility and motives, various, were only different.
The society of the time of Egon Schiele had its equilibrium and its conceptions of the art, its ethical and aesthetic convictions, perfectly effective socially, intellectually and spiritually. It is not historically objective to reproach this society for defending its conceptions against Schiele the rebel. It is absolutely normal, totally democratic, and not retrograde and reactionary, that the society of its time has, to a certain extent, rejected Schiele. This was the point of view of public opinion. And even if public opinion was defined by the aristocracy and the Austrian bourgeoisie, the peasant people were obviously of the same opinion as the bourgeoisie. To attribute this general opinion and censorship to the Church or to a retrograde reactionary mind is propaganda, not a historical look. Public opinion was the same among the Orthodox and Protestants of the time. Egon Schiele in Geneva? Egon Schiele in Constantinople?
On the contrary, it must be emphasized that the period of Modern Art is a great era of artistic freedom and aesthetic diversity, as never before in Europe, and perhaps in no other civilization. Egon Schiele would not have been able to express himself artistically as he was able to do, not only in previous centuries in Europe, but certainly not in Muslim societies – even in our time – or Chinese.
This hostile public opinion was perfectly legitimate, it was not in error, in obscurantism, passeism, reaction, as we try to make us believe with obstinacy these days.
Vienna was even a particularly open and tolerant city. In March 1918, during the Viennese Secession exhibition, Schiele met with great success: an important part of his works was sold, and he obtained orders from important personalities. This was possible because the Europe of the time was ideologically plural, and there were many different conceptions of society and life. Egon Schiele died far too young to take advantage of European freedoms and tolerances. Unfortunately, he did not live as long as Chaim Soutine, he did not have time to discipline his demons, to force them to better serve his art in particular, and art in general.
The artist-artisan of civilizations of the past, not only European, was an interpreter of society, of the community to which he belonged, and of his values. The artist had to put aside his personal fantasies and anxieties, a whole individualistic, egocentric, self-centeredness, that did not present any interest to society. He had to be the interpreter of the identity of the whole society. Very rare were the artists of the Beaux Arts Anciens who posed as rebels in relation to the philosophical and aesthetic convictions of their patrons and their public, be it aristocrat, bourgeois, men of church, or popular as in the Netherlands during 17th century. This conception of the artist, master of his person as of his art, serving the public and his beliefs, has not been an obstacle to the development of European art. This art is not a failure, quite the contrary. The whole history of European art demonstrates it.
Art is not only made for the artist to express himself. Art is not only for the artist, it is done first for the public. The modern notion of artist, the rebellious artist, is very egocentric, and undemocratic in reality. It is opposed to the opposite, equally well-founded, that wants the artist to express the feelings of a community. The artist can certainly occasionally, on an individual basis, exorcise his demons, represent the aspirations of a minority whose specific values he will express. But we must not reject the idea that the artist must also know how to be the intelligent and sensitive interpreter of society as a whole, or at least of a large community among them. Art is a sharing, as wide as possible, between the artist and his time. With Egon Schiele and his ilk we see the art of deviant minorities. Proof of the liberties of Europe of those times.
It is necessary to return to the sincerity which is an interesting reflection trail in aesthetics. It is one of the criteria that makes the difference with the third kind of artist, invented at the time of official contemporary art.
Sincerity, authenticity is not a sufficient condition of art, but is absolutely necessary. At certain moments in the history of European painting, certain absences of sincerity, harmful to art, can easily be seen. When the artist does not believe in what he paints, when the theme of the painting commissioned is himself indifferent to him, his reticence is very quickly perceptible. If the emotion of the painter is absent in him, it is necessarily absent in his work, and no thread no longer connects the artist to the public.
Egon Schiele was undeniably a sincere artist. A single look at his work is enough to understand him. But what Egon Schiele also demonstrates is that sincerity, even with talent, is not enough to found a global aesthetic, valid for a whole society. Other determinants are needed, including being an interpreter of the values and sensibilities of the peoples in which the artist lives, not just of his individual emotions. We can recognize the talent of Egon Schiele, but without being puritan, and even not at all, it is perfectly legitimate to be tired by his intimate obsessions. As he himself says some of his works are unbearable. And as Arte makes him say to his sister: the drawings he made of her were not intended to be published. They were exorcisms, destined to remain in the private domain.

III) The contemporary model

The third type of artist appears with the official contemporary art: He cultivates the rebellion, the myth of the protest artist, of the nonconformist. He declares himself on the fringes, and free. Like the modern artist? Yes. But it’s a composition role, totally learned. This contemporary artist does not have irrepressible soul states, he is not in an uncontrollable impulse situation. He is not an artist in the sincere way of Egon Schiele.
No, the rebellion in the official contemporary art, is a technique necessary and well mastered.
A technique necessary for a career at the service of an influential coterie. This artist is on the sidelines of the general public, that’s for sure, but he is not on the fringe of the great Influents who decide what contemporary art should be. This revolutionary is under the orders of the rulers, this rebel is in no way rebellious, he is totally in conformity with a model imposed by the Mighty ones.
A technique mastered because the official contemporary artist is a cold professional of revolution and provocation, whose means are carefully considered and precisely counted, whose objectives are directly oriented to the museum walls, the international market, and the account in bank. It does not require artistic talents, but a lot of political talents and especially the talent of the discourse on art and to the make it known.
Unlike Egon Schiele or Chaïm Soutine, and artists of the first type, the official contemporary artist is totally fallacious. Authenticity is the worst enemy of the official contemporary artist, because his main art is the conforming success. He may have immense artistic gifts and great sensitivity, as an individual. But in a professional capacity he must forget them, to comply with the imposed model: The ugly, the absurd and the maximum provocation. It is the Opportunist Artist, vehicle of the ideology of a small group of Influential, who pose in "enlightened" who claim to dominate very high the aesthetics of the average and popular masses. Art is no longer art, it is non-art, but it is undoubtedly social success, the path of honors and money. These artists, intelligent, perfectly adapted and very efficient, are the only ones capable of creating the Non-Art Contemporain. But not the emotion shared between the artist and the public. The essence of Art. And even simply the Art. They are non-artists. Sad. Obligate, Officially and Richly Sad, like all contemporary art museums in the West.

CONCLUSION ?

These three types of artists succeed one another, but they do not replace one another, they continue to exist in parallel, in our western society today.
1 ° The official Non-Art Contemporain, and the Globalist Financial Art are the domain almost entirely reserved for the artists of the third type: The Opportunists who chose the camp of the Globalist Art, ideologically correct, ie of a product manufactured to be consumed universally, above, beyond, but alas also very far below, of all cultural particularisms. This is the Art of the Universal Merchant Republic.

In private, local or regional commercial art, and street art, the other two types of artists coexist.

2° The "ancient" model is not at all obsolete, it is only on the margins of the official ideologies of the West. He persists in wanting to create the art of all times, an art shared by as many people as possible in different and differentiated societies. A plural art, but not uniform, for the most diverse peoples. An art animated by the desire to be a bearer of a clear meaning and to provide a happiness or an aesthetic and emotional resonance to its audience. An art that continues, against the ideological modes, against the art of state and the international financial art, an immemorial tradition: that of the sincere communication between the artist and the general public, and in the service of this one.

3 ° The "modern" model, more categoriel, which exists brilliantly, when the talent is at the rendezvous, and is able to both express and control his impulses. An art that seeks to shake the immemorial traditions to experience other aesthetics, and sometimes succeeds.

Comments

Leave a Reply